Le trait de Quentin Pérard

Quentin Pérard est un assistant d’éducation au lycée Jean Prouvé. Titulaire d’un master de géographie, il se destine à l’enseignement. Il a participé à deux reprises au printemps artistique du lycée. On vous propose une exploration des œuvres qu’il a exposées.

 

Le restaurant et le trait continu

Quentin a travaillé temporairement dans un restaurant lillois. Il en a recueilli une série d’impressions qui ont trouvé leurs voies vers des aquarelles présentées en avril 2018.

Il débute par un trait et ne le lâche pas. Les trajets possibles se réduisent à mesure que le trait avance. Chaque nouvelle forme est conditionnée par celles qui précèdent, à la manière d’un jeu dont les nouveaux coups sont portés et limités par ceux qui l’ont jalonné. Mais n’est-ce pas une mise en abyme de l’existence ? Le trait continu est une pratique qui cristallise la vie, avec ses choix prudents et imprudents, avec ce qui a été parcouru et ce qui reste à parcourir, dans les limites d’un cadre qui se remplit peu à peu.

 

Autre effet du trait unique et continu : il rend les différents personnages indissociables de leur environnement. Ils semblent à la fois émerger de lui et se confondre avec lui. Cet effet est marquant dans les aquarelles qui les représentent au milieu d’une activité : ils font la plonge, servent les clients, se restaurent brièvement, s’apprêtent à nettoyer le sol de la cuisine, dans une continuité des formes et des couleurs. Puis, quand ils prennent une pause, à l’arrêt lors d’un nettoyage, ou en attente derrière un client qui lui-même s’immobilise, l’environnement se fait plus discret, l’imbrication moins manifeste, pour mieux les laisser paraître. La peinture sociale se fait portrait. Quentin multiplie ainsi les angles pour traduire un lieu et en faire un univers à part entière, dans ses flux et ses reflux selon les heures, ce qu’il présente dans la grande salle et ce qu’il dissimule dans la cuisine, et tous ceux qui l’animent et probablement s’épuisent.

Les nouveaux veaux d’or

C’est un à tout autre sujet que Quentin s’attache dans ses peintures acryliques, exposées au mois de mai dernier, sans abandonner la technique du trait continu. Le propos se fait plus politique et plus général. Il nous dépeint une humanité dominée par des animaux hypertrophiés ou absorbée par un écran où règne un perroquet : les nouveaux veaux d’or du monde contemporain.

On lui souhaite de poursuivre son œuvre. Nul doute qu’il nous réservera des surprises.